Une hausse des salaires au coût élevé pour les fonctionnaires

Hausse des salaires : La revalorisation de 1,2 % du point d'indice va creuser encore les déficits. Elle pose les questions de l'équité avec le privé et de la refonte du secteur public.

La revalorisation de 1,2 %, du point d'indice des fonctionnaires annoncée jeudi est surprenante. Elle intervient malgré une inflation restée nulle en 2015 et après la signature, en septembre, d'un protocole sur les carrières des agents qui va déjà gonfler de 5 milliards d'euros leur masse salariale d'ici à 2020. Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, a justifié sur RMC ce retour des augmentations générales par la volonté, après six ans de gel du point au nom de la rigueur budgétaire, de « redistribuer aux Français les fruits de leurs efforts ». Personne ne nie que les efforts ont été d'ampleur. Mais les déficits perdurent et la dette croît encore. Doit-on s'étonner que cette redistribution ne cible que les fonctionnaires, soit… 20 % des actifs ?

Cette hausse des salaires soulève la question de l'égalité de traitement entre salariés du public et du privé. Dans de nombreuses entreprises, les augmentations, à l'image de l'inflation, sont restées nulles l'an passé, alimentant chez les salariés le sentiment que les agents publics seraient des privilégiés cumulant garantie de l'emploi, régime social avantageux et hausses de salaires. Certes, le point d'indice était gelé depuis 2010. Mais cela ne veut pas dire que les salaires ont stagné, car les primes et l'avancement automatique jouent aussi. Ainsi, selon la Cour des comptes (septembre 2015) les salaires des fonctionnaires ont évolué de 0,2 % en moyenne par an de 2003 à 2013. C'est moins vite que dans le privé (+0,5 % par an) mais les salaires moyens au sein de l’État et des hôpitaux (soit 60 % des agents) restent supérieurs à ceux du privé.

25 % de la dépense publique

L'augmentation du point nous éloigne aussi un peu plus d'une sphère publique efficace et contribuant à la performance du pays. Ainsi, en continuant d'aggraver le poids de cette administration déjà obèse - au coût très supérieur à la moyenne des pays de l'OCDE, en particulier l'Allemagne -, on accroît la ponction nécessaire sur le privé pour la faire vivre. Les 2,4 milliards d'euros de coût annuel de la hausse annoncée du point seront autant à aller chercher sur l'investissement ou la consommation à travers des hausses d'impôts. C'est l'assurance d'une croissance moindre dans les années qui viennent et, par conséquent d'une hausse du chômage…

Alors que de nombreuses administrations de par le monde adoptent les méthodes performantes des entreprises privées, la France continue, elle, à s'arc-bouter sur un modèle inefficace. L'emploi à vie, l'absence de lien entre rémunération et performance, et l'avancement automatique conduiraient toute entreprise privée à une lourde contre-performance, puis à la faillite. Pour l'entreprise France, ce système se traduit par le maintien de déficits importants (et l'alourdissement préoccupant de la dette publique) et une faiblesse persistante de l'économie, écrasée par des prélèvements toujours plus lourds. Aux 2.100 milliards d'euros de la dette faciale de la France s'ajoutent en fait les engagements pour les retraites des agents (plus de 2.000 milliards d'euros), mais aussi les milliers de milliards d'euros de salaire que l'emploi à vie amènera à devoir régler pour la France quelle que soit sa situation économique.

Au fond, cette hausse des salaires engendrée par la hausse du point d'indice relance le débat sur la nécessité de baisser le poids du secteur public (les salaires des fonctionnaires représentent 25 % de la dépense publique) et sur les voies à suivre pour rendre l'action publique plus performante. Cela passera par des fonctionnaires moins nombreux, un statut nouveau limitant la garantie de l'emploi à vie à certaines catégories (fonctions régaliennes).

Service public ne signifie pas nécessairement fonction publique : de très nombreux personnels sous contrat privé travaillent déjà dans toutes nos administrations. Une revalorisation importante des rémunérations pour les fonctionnaires fortement qualifiés sera également indispensable. Comme toute entreprise privée, l'administration devra attirer les talents, gage de son efficacité future, si nécessaire à la réussite de notre pays. Souhaitons que ce sujet soit au cœur des débats de la campagne présidentielle qui s'annonce.

Source de cet article sur la hausse des salaires : Les Echos

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